• Hier soir, j’ai surpris une conversation entre deux de mes collègues (j’ai une très bonne ouïe et une capacité à faire plusieurs choses en même temps (exemple : écouter les conversations de mes collègues et faire semblant de travailler)). L’un deux semblait s’épancher sur les soubresauts dramatiques de sa vie sentimentalo-hormonale (c’est un peu pour ça que j’avais pris la peine d’écouter), lorsque l’autre lui a dit, sur un ton glacial : « Tu devrais faire comme moi : j’ai une vie de merde, alors je me noie dans le travail ».

    Sur le coup, j’avoue avoir discrètement pouffé de rire, tant la formulation était énorme. Puis j’ai été plongée dans un abyme de perplexité. Oui, bon, j’exagère… Disons que j’ai réfléchi (z’êtes nuls, ça fait vachement moins classe).

    Je parlais il y a quelque temps de la docilité et de la recherche effrénée de l’amour managérial de certains consultants, et de leur façon de faire le beau face au maître tel le caniche de ma vieille voisine (mes vieilles voisines ont toujours eu soit un caniche pourri gâté qui couine, soit un petit-fils pourri gâté qui hurle : je n’ai pas encore déterminé lequel était le plus insupportable). Un autre mécanisme peut expliquer ce dévouement total au travail : la désespérance du cadre sup’ trentenaire (ou presque trentenaire), avec le cercle vicieux bien connu du « je travaille trop, donc j’ai pas de vie, donc je déprime, donc je travaille pour oublier que je déprime, blablabla ». Parfois, les victimes de ce syndrome pètent les plombs et foutent un énorme coup de pied à leur vie, nourrissant les légendes urbaines les plus incongrues sur leur compte (il paraît qu’un ancien consultant, connu pour ses nocturnes très régulières, a pris le large pour faire du fromage de chèvre en Ardèche : c’est tellement cliché que je soupçonne cette histoire de cacher un internement en HP). Le plus souvent, elles s’enfoncent progressivement dans ce fonctionnement, prenant pour acquis le fait de rapporter du travail chez soi pour le soir et les week-ends (source d’épanouissement indiscutable).

    Le problème, au-delà de l’inquiétude bien légitime qu’on peut avoir face à ce mal-être, c’est qu’il suffit qu’un seul plie sous le poids de la contrainte et de la névrose pour que tous les autres, plus ou moins consciemment, intériorisent cette contrainte et s’imposent des horaires absurdes. J’ai travaillé au sein de plusieurs équipes et je me rends bien compte que mon « volume horaire » (à ne pas confondre avec le volume capillaire) (bon, la blague était pas franchement drôle, mais ça me rappelle que je dois écrire un truc sur les expressions phares du monde du travail, berceau de la poésie contemporaine) ne dépendait pas uniquement de ma charge de travail objective et que, d’une manière ou d’une autre, je me calais généralement sur l’emploi du temps des autres.

    Finalement, quand j’y pense, faut que j’arrête de plaindre mes collègues déprimés, lessivés, asociaux ou à l’ouest dans leur vie : ce sont juste des gros connards qui me font finir tard.
    ("Oh, tiens, salut altruisme et mauvaise foi !").


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  • Je viens de passer une heure très productive à fêter les rois dans la boîte de mon client, laquelle avait mis les petits plats dans les grands pour l'occasion (j'aime pas la frangipane et boire du champagne équivaut pour moi à une promesse de suicide social immédiat (vomi), autant dire que je suis passée pour la rabat-joie de service avec mes "non, merci"). Alors que je tenais la jambe de mon manager et jouais à merveille mon rôle de gentille potiche lors d'une opération de séduction massive de la big boss du big boss du boss de mon client (bref, une espèce de super-méga-top-big boss), cette dernière s'est tournée vers moi et m'a dit dans un grand sourire : "Au fait, bonjour Odile, comment allez-vous ?".

    Je crois que je n'avais pas été aussi émue depuis 2001, lorsque Séb', le beau gosse de la 2nde B, m'avait lancé d'un air super cool : "Au fait, c'est bien Odile ton nom ?".


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  • J'apprends au détour d'une conversation que mon mini-boss du moment, qui se drogue aux journées de travail à rallonge (mes allusions au fait d'aller chopper de la bonnasse n'ont visiblement pas encore trouvé leur audience), est parti hier soir à 21h30. Or :

    - Nous sommes censés déguerpir à 20h maximum.  
    - C'est l'homme de ménage qui ferme les locaux lorsqu'il a terminé son travail.

    Un peu étonnée, je lui demande quelques précisions. Réponse :

    "Non, mais il m'a dit que ça le dérangeait pas du tout que je reste plus longtemps et en attendant que je sorte, il a lu son journal dans un coin"

    Mmh... Lire son journal sur un coin de bureau de 20h à 21h30, attendre patiemment pour aller attraper un RER, rentrer chez soi une heure et demi plus tard...

    Je me demande : quel est le moment optimal pour défoncer la face de son supérieur hiérarchique ?


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  • Ce matin, comme à mon habitude, je rasais les murs des couloirs du métro, en essayant de me rappeler les raisons qui m'avaient poussée à quitter mon lit (de mémoire, il s'agissait principalement de terminer les derniers niveaux de Plant vs Zombies), lorsqu'une affiche de film a attiré mon regard (j'ai mis du rouge autour du truc qui coince) (je t'aide, je suis une meuf cool).

    Sont quand même bons Copé et consorts : un film comme moyen de propag... communication. 

    NB : Villeurbanne est limitrophe de Lyon. Coïncidence ou complot démonique ?


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  • J’ai toujours pensé que l’uniforme n’était légitime que s’il recouvrait une dimension pratique évidente. Par exemple, qu’un pompier se protège du feu me semble, à première vue, relativement acceptable.

    En revanche, l’uniforme comme vecteur de reconnaissance sociale entre pairs a toujours eu tendance à me gêner, sûrement parce que je suis le méchant produit d’une société individualiste qui me pousse à exprimer ma singularité (j’aime bien mêler Norbert Elias et Biba dans mes petites analyses personnelles).

    Ainsi, je ne suis absolument pas convaincue qu’un « vêtement commun » (le sens de la litote de nos amis les politiques est tellement mignon) soit une solution valable et pérenne aux différentes problématiques que l’on retrouve dans la cour de récréation. L’habitus est bien plus puissant qu’un bout de tissu. Et l’apprentissage de la contrainte et de la violence des relations est suffisamment lourd pour qu’on laisse les mômes tranquilles avec leurs nippes (mes préférés, ce sont les clodos riches, ces petits nantis qui mettent des fringues kakis informes qui coûtent un bras et demi à leurs parents et qui ne se lavent pas les cheveux, parce que « le système est pas juste et que ça, ça les rend vraiment pas contents ») (cf. l’excellent rap « Pauvres riches » de TTC).

    A noter toutefois une exception importante à cette règle : l’écharpe des candidates de Miss France et celle des présidents de la République nains (c’est tout de même pratique de repérer les dindes parmi le commun des mortels).

    La jungle des petits cadres propres sur eux est traversée d’un impératif silencieux en matière de tenue : les cheveux teints en vert et les jeans troués ne font pas bon ménage avec l’idéal de salarié que recherchent les saints patrons. Ils leur préfèrent largement les costumes sobres, les tailleurs et les chemises bien repassés. Or, cet accoutrement ne répond aucunement au tout premier sujet abordé dans cette note (le côté pratique, banane, t’as vraiment aucune mémoire). Si tu as déjà passé une journée avec ce style de vêtements (rappelle-toi les fringues que ta mère t’a forcé à mettre pour la première communion de ton petit cousin Jean-Grégoire), tu vas quand même pas me faire croire que c’est plus confortable qu’un jean et un t-shirt ? Plus important : passée la contrainte sociale évidente d’être et de mettre des vêtements propres (pas si évidente que ça visiblement (prends le RER A à 8h30, tu pourras dire à tes potes « c’est vrai, j’y étais »)), en quoi le fait de se costumer en parfait petit commercial est-il gage d’efficacité et de qualité dans le travail ? (cherche pas, hein, on appelle ça une question rhétorique) 

    Je vois dans tout ce cérémonial vestimentaire la marque d’une profonde soumission, expression d’une soumission plus large au monde du travail et ses règles, voire parfois d’une certaine pédanterie à être le plus obéissant et le plus soumis de tous. Or, si la hiérarchie et certains codes sont nécessaires dans le cadre professionnel, je crois dur comme fer qu’il est indispensable d’interroger leur légitimité. J’essaie de n’accepter les règles qu’on m’impose et les demandes qu’on m’adresse que si j’en perçois l’utilité ou la pertinence, ou bien si elles ne me coûtent pas du tout.

    Du coup, quand le client a remarqué que j’avais (à prononcer avec un petit air pincé) « du vernis bleu », j’ai soudain pris conscience de l’urgence impérative de m’acheter des collants résille rose (fluo, le rose) pour être un peu plus raccord. Sens du compromis oblige.


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