• Depuis un peu plus d’un mois, je survis au sein d’un milieu particulièrement hostile. Un bureau… de FILLES.

    A côté de ce que je dois subir, Man Vs Wild c’est la colonie des petits oursons à Saint-Hilaire-Cusson-la-Valmite (pour les 3-7 ans, possibilité de stage « Découverte du terroir en s’amusant »).

    Je ne comprends pas exactement ce qu’il se passe quand quatre vagins partagent 10 m², mais ce qui est sûr, c’est que des esprits maléfiques viennent pimenter l’affaire.

    En guise de participantes, nous avons :

    - La consultante qui parle beaucoup (trop). Il ne m’a pas fallu une heure pour apprendre, ébahie, le nom de ses chats, le nombre d’amants de sa mère, l’âge auquel elle a compris que le monde des adultes était un sacré monde de putes, la plus-value de la vente de son appartement, le casier judiciaire de toute sa famille et la couleur de sa petite culotte préférée (vous pensez que je suis en train d’exagérer ? Si seulement …).

    - La consultante bobo(ring) qui bouffent des graines de tournesol et boit une eau « détoxifiante » qui ressemble à s’y méprendre à de l’urine dans laquelle on aurait fait macérer des grumeaux de goudron. N’étant pas à un paradoxe près, elle aime à siroter quelques litres de bière blonde après une journée bien remplie (c’est à cette occasion qu’elle révèle sa nature de fille drôle) (ouf).

    - Reste la stagiaire. LA stagiaire. Une petite bombe de 23 ans qui bouffe comme quatre (entrée, plat, dessert et re-dessert, avec en bonus deux kit kat pour son 4 heures) mais doit sûrement être le produit d’un savant fou ayant fusionné les gènes de Brigitte Bardot  et de Charlize Theron. Et en plus, elle est sympa (connasse).

    Enfin, ajoutez môa, une nana à l’humour acérée, traqueuse de lapsus et spécialiste de formules telles que « lui, il est aussi petit d’esprit que de taille » (oui, voilà, c’est ça, une langue de pute) et vous obtenez tous les ingrédients pour des séances de piaillements à la tonalité suraiguë tout simplement insupportable.

    Bref, une fine équipe. En ce moment, on parle pas mal de politique ou de cul (voire de politique et de cul). J’aime bien, notamment parce que sans en dévoiler trop soi-même, on peut récupérer plein d’infos dans ce type de conversations qui rendent les gens redevables à vie (je pourrais faire d’abominables chantages à la consultante qui parle beaucoup (trop)). Le problème, c’est qu’elles aiment aborder d’autres sujets : leurs animaux (ennuyeux), leurs mecs (répétitif), leurs petits problèmes de filles (crade, surtout pendant le déjeuner).

    En même temps, quand mon collègue masculin installé dans le bureau d’en face est venu me parler tout à l’heure de l’opportunité démentielle d’être consultant en 2012 au niveau de sa carrière, je me suis dit que les chats, c’était finalement pas si mal comme sujet de conversation.


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  • Hier soir, j’ai surpris une conversation entre deux de mes collègues (j’ai une très bonne ouïe et une capacité à faire plusieurs choses en même temps (exemple : écouter les conversations de mes collègues et faire semblant de travailler)). L’un deux semblait s’épancher sur les soubresauts dramatiques de sa vie sentimentalo-hormonale (c’est un peu pour ça que j’avais pris la peine d’écouter), lorsque l’autre lui a dit, sur un ton glacial : « Tu devrais faire comme moi : j’ai une vie de merde, alors je me noie dans le travail ».

    Sur le coup, j’avoue avoir discrètement pouffé de rire, tant la formulation était énorme. Puis j’ai été plongée dans un abyme de perplexité. Oui, bon, j’exagère… Disons que j’ai réfléchi (z’êtes nuls, ça fait vachement moins classe).

    Je parlais il y a quelque temps de la docilité et de la recherche effrénée de l’amour managérial de certains consultants, et de leur façon de faire le beau face au maître tel le caniche de ma vieille voisine (mes vieilles voisines ont toujours eu soit un caniche pourri gâté qui couine, soit un petit-fils pourri gâté qui hurle : je n’ai pas encore déterminé lequel était le plus insupportable). Un autre mécanisme peut expliquer ce dévouement total au travail : la désespérance du cadre sup’ trentenaire (ou presque trentenaire), avec le cercle vicieux bien connu du « je travaille trop, donc j’ai pas de vie, donc je déprime, donc je travaille pour oublier que je déprime, blablabla ». Parfois, les victimes de ce syndrome pètent les plombs et foutent un énorme coup de pied à leur vie, nourrissant les légendes urbaines les plus incongrues sur leur compte (il paraît qu’un ancien consultant, connu pour ses nocturnes très régulières, a pris le large pour faire du fromage de chèvre en Ardèche : c’est tellement cliché que je soupçonne cette histoire de cacher un internement en HP). Le plus souvent, elles s’enfoncent progressivement dans ce fonctionnement, prenant pour acquis le fait de rapporter du travail chez soi pour le soir et les week-ends (source d’épanouissement indiscutable).

    Le problème, au-delà de l’inquiétude bien légitime qu’on peut avoir face à ce mal-être, c’est qu’il suffit qu’un seul plie sous le poids de la contrainte et de la névrose pour que tous les autres, plus ou moins consciemment, intériorisent cette contrainte et s’imposent des horaires absurdes. J’ai travaillé au sein de plusieurs équipes et je me rends bien compte que mon « volume horaire » (à ne pas confondre avec le volume capillaire) (bon, la blague était pas franchement drôle, mais ça me rappelle que je dois écrire un truc sur les expressions phares du monde du travail, berceau de la poésie contemporaine) ne dépendait pas uniquement de ma charge de travail objective et que, d’une manière ou d’une autre, je me calais généralement sur l’emploi du temps des autres.

    Finalement, quand j’y pense, faut que j’arrête de plaindre mes collègues déprimés, lessivés, asociaux ou à l’ouest dans leur vie : ce sont juste des gros connards qui me font finir tard.
    ("Oh, tiens, salut altruisme et mauvaise foi !").


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  • J’ai toujours pensé que l’uniforme n’était légitime que s’il recouvrait une dimension pratique évidente. Par exemple, qu’un pompier se protège du feu me semble, à première vue, relativement acceptable.

    En revanche, l’uniforme comme vecteur de reconnaissance sociale entre pairs a toujours eu tendance à me gêner, sûrement parce que je suis le méchant produit d’une société individualiste qui me pousse à exprimer ma singularité (j’aime bien mêler Norbert Elias et Biba dans mes petites analyses personnelles).

    Ainsi, je ne suis absolument pas convaincue qu’un « vêtement commun » (le sens de la litote de nos amis les politiques est tellement mignon) soit une solution valable et pérenne aux différentes problématiques que l’on retrouve dans la cour de récréation. L’habitus est bien plus puissant qu’un bout de tissu. Et l’apprentissage de la contrainte et de la violence des relations est suffisamment lourd pour qu’on laisse les mômes tranquilles avec leurs nippes (mes préférés, ce sont les clodos riches, ces petits nantis qui mettent des fringues kakis informes qui coûtent un bras et demi à leurs parents et qui ne se lavent pas les cheveux, parce que « le système est pas juste et que ça, ça les rend vraiment pas contents ») (cf. l’excellent rap « Pauvres riches » de TTC).

    A noter toutefois une exception importante à cette règle : l’écharpe des candidates de Miss France et celle des présidents de la République nains (c’est tout de même pratique de repérer les dindes parmi le commun des mortels).

    La jungle des petits cadres propres sur eux est traversée d’un impératif silencieux en matière de tenue : les cheveux teints en vert et les jeans troués ne font pas bon ménage avec l’idéal de salarié que recherchent les saints patrons. Ils leur préfèrent largement les costumes sobres, les tailleurs et les chemises bien repassés. Or, cet accoutrement ne répond aucunement au tout premier sujet abordé dans cette note (le côté pratique, banane, t’as vraiment aucune mémoire). Si tu as déjà passé une journée avec ce style de vêtements (rappelle-toi les fringues que ta mère t’a forcé à mettre pour la première communion de ton petit cousin Jean-Grégoire), tu vas quand même pas me faire croire que c’est plus confortable qu’un jean et un t-shirt ? Plus important : passée la contrainte sociale évidente d’être et de mettre des vêtements propres (pas si évidente que ça visiblement (prends le RER A à 8h30, tu pourras dire à tes potes « c’est vrai, j’y étais »)), en quoi le fait de se costumer en parfait petit commercial est-il gage d’efficacité et de qualité dans le travail ? (cherche pas, hein, on appelle ça une question rhétorique) 

    Je vois dans tout ce cérémonial vestimentaire la marque d’une profonde soumission, expression d’une soumission plus large au monde du travail et ses règles, voire parfois d’une certaine pédanterie à être le plus obéissant et le plus soumis de tous. Or, si la hiérarchie et certains codes sont nécessaires dans le cadre professionnel, je crois dur comme fer qu’il est indispensable d’interroger leur légitimité. J’essaie de n’accepter les règles qu’on m’impose et les demandes qu’on m’adresse que si j’en perçois l’utilité ou la pertinence, ou bien si elles ne me coûtent pas du tout.

    Du coup, quand le client a remarqué que j’avais (à prononcer avec un petit air pincé) « du vernis bleu », j’ai soudain pris conscience de l’urgence impérative de m’acheter des collants résille rose (fluo, le rose) pour être un peu plus raccord. Sens du compromis oblige.


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  • Monsieur mon patron,

    Prenant acte de la situation dramatique que traverse notre pays d'un point de vue financier, j'attire votre attention sur l'importance capitale de faire preuve d'une solidarité sans faille envers nos concitoyens les plus fragiles.

    Admirative de la décision de notre cher Président de geler son propre salaire, sacrifice ultime et altruiste, j'attends d'être traitée de manière similaire, afin de suivre cet exemple si louable.

    Bon, bien sûr, pour une équité pleine et entière, faudrait qu'on augmente mes revenus dès maintenant de 140% pour mieux les geler ensuite.

    Merci d'avance, bro' !

    Gniiiiii hi hi


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  • Dans le cadre de certaines de mes missions, je participe régulièrement à des réunions peuplées uniquement d’individus mâles, geeks, dotés d’une science de l’élégance vestimentaire toute relative et s’exprimant dans une novlangue aux accents mystérieux, dont je ne parviens que péniblement à saisir les subtilités.

     

    Malgré les difficultés de communication avec cette espèce,  je profite d’un certain nombre d’avantages :

     

    - Des regards en coin d’une maladresse trop choupidicule (choupinette et ridicule)

    - Des cafés gratuits

    - Du smiley sourire/clin d’œil dans les mails

    - Des bonbons gratuits

    - Des compliments dithyrambiques dès que je parviens à pondre un truc à peu près potable du haut de mon vagin

    - Des chouquettes gratuites

     

    Je songe sérieusement à me reconvertir en vendeuse d’ordinateurs. Comme ça, en plus du reste, ils me fileront plein de pognon.


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